Actrices & acteurs

Finistèrien.ne.s Aurélie Boisnoir

Scientifique de talent

Aurélie Boisnoir vient de recevoir le prix Jeunes Talents France L'Oréal-UNESCO pour les femmes et la science. Cette jeune scientifique de 30 ans travaille sous la direction de Nicolas Chomérat et Jean-Pierre Allenou, entre les stations Ifremer de Concarneau et de la Martinique, dont elle est originaire.

Son sujet de post-doctorat porte sur la ciguatera, une micro-algue à effets nocifs, dans la mer des Caraïbes. « Je suis tombée sur cette thématique un peu par hasard. Un maître de conférences m’a dit qu’il avait un projet dans les Antilles et qu’il aurait bien voulu le confier à une étudiante de la région. Il y avait la possibilité d’obtenir un financement. J’ai donc fait mon stage là-bas. » Ses travaux ambitionnent de faire avancer la recherche sur ces algues qui occasionnent des problèmes sanitaires et économiques. Pourtant, peu d’études récentes s’intéressent à leur identification génétique ou à la caractérisation de leurs toxines. « Les humains qui consomment du poisson contenant ces micro-algues peuvent avoir des symptômes gastriques, neurologiques, puis cardio-vasculaires », explique Aurélie Boisnoir. 

La crise sanitaire l'a empêchée de revenir en 2020 à Concarneau où elle apprécie « de travailler avec ces deux grands scientifiques que sont Nicolas Chomérat et Gwenaël Bilien ». La jeune chercheuse espère cependant pouvoir bientôt retrouver la Ville-bleue et profiter d'un séjour dans le Finistère : « J'ai toujours été accueillie ici chaleureusement. »

Aide à la personne

Le métier d’accueillante familiale

Anne Charlotte Vignon est accueillante familiale de personnes en situation de handicap, un métier qu'elle a choisi pour concilier vie professionnelle et vie de famille.

Depuis 2015, Anne Charlotte Vignon est accueillante familiale à Plougastel-Daoulas. Dans sa grande et chaleureuse maison de bois et de zinc, elle et son mari ont construit une extension d'environ 60 m² pour accueillir trois pensionnaires. Il y a Christophe, trisomique de 47 ans, arrivé le premier en 2015. Il y a aussi Martine et Nicole, la soixantaine, arrivées respectivement en 2016 et 2019. Toutes les deux sont retraitées de l'ESAT de Keribin à Ploudalmézeau. Elles ont passé toute leur vie professionnelle ensemble, ont partagé le même logement et, pour leur plus grande joie, passent leur retraite ensemble. « À 27 ans, j'ai été enceinte pour la deuxième fois, j'ai voulu être disponible pour mes enfants. Mon mari m'a suggéré de devenir accueillante familiale pour pouvoir concilier vie professionnelle et vie familiale», explique la jeune femme. Il faut dire que dans la famille Vignon, être famille d'accueil se transmet de génération en génération : «  Ma grand-mère accueillait des enfants de la DDAS, mes parents et ma sœur sont accueillants familiaux. Depuis que je suis gamin, j'ai toujours vu du monde chez moi», note Nicolas. « C'est important que le conjoint soit en plein accord avec le projet car il y a forcément un impact sur la vie de famille », renchérit Anne-Charlotte.

Organisation et patience

En Finistère, une centaine de familles accueillent des personnes âgées de plus de soixante ans ou des personnes en situation de handicap, un nombre que le Département souhaiterait voir augmenter. Le rôle de ces accueillants est de permettre à une personne ne pouvant plus, ou ne voulant, rester seule, de vivre dans un environnement familial sécurisant tout en lui permettant de rester autonome. Visiblement, la formule plaît aux pensionnaires d'Anne Charlotte. Dans un grand éclat de rire, Nicole avoue : «  Je me plais ici car il y a des enfants et puis on fait plein d'activités.» Martine glisse aussitôt : « Ici, je suis chez moi.» Anne-Charlotte ne regrette pas son choix, bien au contraire : « C'est un métier enrichissant tant pour moi que pour mes enfants qui n'ont aucune appréhension du handicap.» Les qualités pour être accueillant.e familial.e  ? «  Il faut être très organisé pour gérer de front l'emploi du temps personnel et celui des personnes accueillies. Elles ont régulièrement des rendez-vous médicaux. La patience est aussi une qualité indispensable. Et puis, il faut savoir se ménager du temps pour soi, mais ça vaut vraiment le coup car on crée des liens et on sait qu'on les aide à se sentir bien. »

C'est un métier enrichissant tant pour moi que pour mes enfants qui n'ont aucune appréhension du handicap
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Le grand portrait Hervé Hamon, l’amoureux des îles

« la mer fait la terre, pas le contraire »

Hervé Hamon, éditeur et écrivain breton est l'auteur du Dictionnaire amoureux des îles publié en novembre dernier, chez Plon. Il vit à Trebeurden (Côtes-d’Armor), quand il n’est pas à Paris ou au Chili, mais les îles du Ponant occupent dans son cœur une place à part. Rencontre avec un amoureux de la mer et des îles…

Quelle est la genèse du Dictionnaire amoureux des îles  ?

La genèse, c’était tout d’abord une évidence. J’ai eu la chance de naître dans un pays où la marée est terriblement active, ce qui du point de vue du paysage nous apprend une chose essentielle : la première, c’est que la mer fait la terre et pas le contraire. La deuxième, c’est que les îles ne sont pas un ornement ou un complément du rivage, ce ne sont pas des navires à l’ancre.

Il y a un tas d’autres choses qui m‘intéressent sur le monde des îles, mais pour commencer c’est ça sans doute qui m’a frappé le plus.

Et puis, il y a tous les imaginaires des îles. Les îles paradisiaques, mais aussi les îles bagnes, les îles de la traite, les îles de la déportation. Ce qui fait qu’à travers les îles, on visite finalement le plus de l’humanité. Du côté du rêve et aussi du côté de l’enfer. Et j’ai aimé tout ça. Dans mon dictionnaire amoureux, je prends tout : l’Éden et l’Enfer.

Quelle place ont les îles du Ponant dans votre ouvrage et dans votre vie  ?

Les îles du Ponant sont mes îles chéries. La vie sur les îles finistériennes est toujours plus dure. Je sais que les Sénans disent souvent, quand la mer est trop forte pour que le bateau qui ravitaille l’île puisse passer : « Ah, le continent est isolé.» Et c’est ce que dit profondément l’expérience îlienne : l’île, c’est à la fois quelque chose de compliqué mais aussi un refuge ; un espace qui est tout, dans le sens où on est solidaire, même si on ne s’aime pas.

Je pense que les îles du Ponant sont passionnantes car ce sont des avant-postes. Françoise Péron écrivait Ouessant, l'île sentinelle. J’ai envie de dire que toutes les îles le sont.

Que nous apprennent les îles  ?

Elles nous apprennent non seulement que la mer est en mouvement, qu’elle dessine les côtes et qu’elle les fait. Mais aussi que finalement, c’est la mer qui gagnera. Tous les îliens savent que la mer est fragile. Ils savent que cette mer qui les entoure, un jour ou l’autre, aura le dernier mot. Les îles nous disent la vérité du monde. La vérité géographique du monde.

Elles nous disent une vérité des éléments, des femmes et des hommes aussi. De leur capacité à s’adapter à des situations qui sont plus dures, plus difficiles, mais peut-être aussi plus belles qu’ailleurs.

Pour moi, les îles ne sont pas des cartes postales ou du folklore, mais c’est l’avenir. Elles ont beaucoup à nous apprendre.