Mémoire

La tempête de 1930

Fortunes de mer

Il y a 90 ans, en septembre 1930, une terrible tempête frappe les côtes sud de la Bretagne. Plusieurs dizaines de bateaux de pêches sont mis en difficulté ou sombrent, de nombreux marins sont portés disparus.

Entre le 18 et le 19 septembre 1930, une tempête d’équinoxe s’abat violemment sur le littoral breton. Des vagues gigantesques balayent les côtes, brisent les navires et jettent les hommes à la mer. C’est un désastre. Vingt-sept bateaux disparaissent, pris au piège par l’océan en furie. Les jours suivants, le président de la Société des régates de Brest, Henri Le Calloch, membre du Yacht Club de France, lance un appel vibrant dans la presse : 

« La dernière tempête a causé aux populations côtières de Basse-Bretagne, des désastres peut-être sans précédent. Le marin, vivant au large des côtes, est un grand enfant rêveur, qui vit au jour le jour, sans souci des lendemains…

Peut-être est-il des familles de « péris en mer » qui auront faim, ou ont déjà faim. Mais ces familles appartiennent à cette race fière et forte, qui ne comprend pas qu’on puisse manger le morceau de pain qu’on n’a pas « gagné ». Elles ne tendront pas la main ; pas plus que les rescapés, que des avaries ont peut-être ruinés. Aussi, en faisant appel à votre bon cœur, mes chers camarades, ce n’est pas une aumône que je sollicite ; c’est un acte de haute justice sociale, un acte de solidarité de votre part. Souvenez-vous que, nous aussi, nous sommes marins, et que nous avons, sur la côte rude d’extrême Bretagne, des frères qui souffrent. Je me tiens à votre disposition pour faire parvenir votre participation, que je vous demande d’être aussi large que possible, soit en nature, soit en espèce 1. »

La Marine fait appareiller des avisos et divers bâtiments de guerre pour sillonner les zones de pêche. On retrouve plusieurs thoniers. L’espoir renait. Le récit des rescapés est toutefois saisissant et on pressent le désastre.

Louis Rollin, ministre de la Marine marchande rend visite aux familles et les autorités nomment à titre exceptionnel Chevalier du Mérite maritime, un mousse, Marcel Rioual, inscrit provisoire à Concarneau. Il est embarqué sur un thonier au nom évocateur : le Bon retour. Le Courrier du Finistère écrit : «  Le 19 septembre 1930, au cours d’une terrible tempête, les lames ayant balayé le pont, rempli d’eau le navire, brisé les pompes, jeté à la mer deux hommes de l’équipage sur cinq, Rioual, apercevant la barre abandonnée, s’y porte aussitôt, s’y cramponne et s’y maintient pendant 24 heures consécutives contre une mer déchaînée et sauve ainsi le navire en péril 2. »

Le 25 octobre 1930, le même journal titre : «  Il n’y a plus d’espoir  ! » Le bilan est terrible. Durant les trois jours de cette monstrueuse tempête d’équinoxe, 203 pêcheurs sont pris par la mer. De Douarnenez à Etel, les côtes bretonnes pleurent leurs morts. En une nuit, le petit port morbihannais a perdu presque autant d’hommes que pendant la Grande Guerre ; 72 au total. Dans le Finistère, Concarneau est le port le plus durement frappé avec 48 disparus.

L’émotion dépasse la Bretagne et le président du Conseil souhaite l’organisation d’une journée nationale le 30 novembre en faveur des 127 veuves et 191 orphelins éprouvés par la tragédie.

Fin octobre, le Yacht Club de France a réuni 10 000 francs pour en faire don aux familles touchées. Le 16 novembre, c’est finalement en première page que Le Courrier du Finistère annonce un crédit de huit millions alloués par le Gouvernement aux sinistrés bretons et à la veille de la journée du 30 novembre, le préfet du Finistère, Charles Vatrin, s’exprime par voie de presse : « Je vous remercie personnellement de toute action que vous voudrez bien exercer pour favoriser le succès d’une journée qui, par son caractère national, apportera à nos marins une aide matérielle et un réconfort moral des plus précieux 3. »

Cette tempête, événement tragique tombé dans l'oubli, compte pourtant parmi les plus meurtrières de la première moitié du XXe siècle. La presse ancienne conservée et numérisée par les Archives départementales du Finistère, à l’instar du titre Le Courrier du Finistère, permet de redécouvrir ces fragments d’histoire qui ont marqué notre territoire.

(1) Olivier de Kersauson et Jean Noli, Homme libre… toujours tu chériras la mer !, Paris : Éditions Fixot, 1994.

(2)« Appel aux Yachtmen » dans  Le Courrier du Finistère, 27 septembre 1930, p. 3.

(3) Charles Vatrin, « Une journée nationale pour les sinistrés de la tempête » dans Le Courrier du Finistère, 29 novembre 1930, p. 3.

À terre, même dans les moments les plus sombres, la vie recommence toujours le lendemain. En mer, lors d’une tempête, on éprouve un sentiment de piège pour l’éternité.
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