Mémoire

Archéologie préventive

Vestiges du Léon

Dans le cadre de l’aménagement de l’axe routier RD 770 mené à Ploudaniel par le Conseil départemental, la Direction régionale des affaires culturelles –DRAC- de Bretagne a commandé la réalisation d’opérations d’archéologie préventive. Elles ont permis de compléter les connaissances sur les occupations humaines anciennes de cette partie du plateau du Léon. Par le biais, tout d’abord, d’un diagnostic archéologique en automne 2019, puis par la réalisation de deux fouilles archéologiques préventives de juin à octobre 2020.

Cruche gallo-romaine datée du Ier au IIIe s. de notre ère, Ploudaniel, Kerfelgar Bihan

La prescription d’un diagnostic était commandée par la présence de nombreux vestiges archéologiques connus au travers de diverses opérations (prospections, fouilles, diagnostics) et découvertes anciennes dans cette zone géographique. Sur l’ensemble du parcours, long de 5,5 km, dix secteurs avaient été définis par deux critères : leur accessibilité et leurs dimensions.

Le diagnostic archéologique consiste à sonder autour de 10 % de la surface prescrite, au moyen de tranchées réparties de manière homogène sur l’ensemble du projet, afin de déterminer ou non l’existence de vestiges. Durant l’opération sur le tracé de la RD 770, soixante tranchées ont ainsi été réalisées. Sur les dix secteurs définis, quatre ont permis la découverte de structures archéologiques organisées : Saint-Eloi, Auberge Neuve, Valy Goz et Kerfelgar Bihan. D’un point de vue chronologique, cette opération a permis la découverte de vestiges principalement datés de l'âge du bronze moyen-final (1 600-800 av. n.-è.), de l’Antiquité (Ier-IIIe siècle de notre ère) et du Moyen-Âge. À la suite de ce diagnostic, la DRAC de Bretagne a émis deux prescriptions de fouilles archéologiques préventives dans les secteurs de Saint-Eloi et Kerfelgar Bihan.

Ces deux opérations ont été réalisées par le Centre départemental de l’archéologie du Finistère. Les données de ces opérations sont encore en cours de traitement, mais un premier bilan peut être esquissé.

« Repérer l’organisation des vestiges d’une même époque »

La fouille de Saint-Eloi, à proximité immédiate de la chapelle du même nom, était située à moins d’un kilomètre des sites de Leslouc’h et Rest-Kerolland, fouillés en 2008 et 2018 par l’Institut national de recherches archéologiques préventives -INRAP. Ceux-ci ont livré des occupations importantes de l’âge du bronze au Moyen Âge. Les découvertes faites à Saint-Eloi se composent principalement de fossés (enclos et parcellaires) de ces mêmes périodes chronologiques. La fenêtre d’exploration n’était pas suffisamment large pour repérer l’organisation complète des vestiges d’une même époque. L’étude stratigraphique (position des vestiges les uns par rapport aux autres) a permis en revanche d’obtenir une chronologie relative. Ainsi, un fossé courbe délimitant un enclos, vraisemblablement médiéval, recoupe des fossés de parcellaire antique. En limite de fouille, une entrée aménagée par deux fossés parallèles dans lesquels étaient implantés des poteaux a été découverte. Il pourrait s’agir d’éléments protohistoriques (âge du bronze ou âge du fer). Une datation au carbone 14 apportera la réponse. Pour l’interprétation des vestiges de Saint-Eloi, l’hypothèse retenue est celle de zones agraires (champs et pâturages) périphériques aux occupations de Leslouc’h et Rest-Kerolland.

La fouille de Kerfelgar Bihan, située à moins d’un kilomètre du bourg de Ploudaniel, était répartie de part et d’autre de la RD 770. À l’ouest a été découvert un fossé d’enclos large d’environ 3 à 4 mètres pour une profondeur de près de 2 mètres. Le mobilier céramique découvert dans son comblement a été daté du Moyen Âge, sans doute des IXe et Xe siècles.

À l’est de la route, un ensemble de fossés et de fosses attribués lors du diagnostic à l’âge du bronze et à l’Antiquité ont été fouillés de manière systématique afin de dater et de définir le type d’occupation.

Des vestiges qui datent du Xe siècle

En outre, un autre grand fossé a lui aussi livré du mobilier céramique attribuable au Moyen Âge, laissant supposer son attribution à cette période, comme du côté ouest.

Enfin, le décapage complet de la zone a permis la découverte d’au moins deux petites maisons très frustres, dont il ne reste que l’empreinte des poteaux et le sol de terre battue, chacune comportant un foyer quadrangulaire en terre rubéfiée. Une autre structure de même type pourrait en porter le nombre à trois, à moins qu’il ne s’agisse d’une structure dédiée à une activité artisanale, comme le laisse supposer la grande quantité de charbons évoquant l’existence d’un four ou d’un grand foyer. Le type de mobilier céramique découvert permet de dater ces ensembles autour du Xe siècle. Enfin, ce petit hameau médiéval s’articule autour d’un puits.

Kerfelgar Bihan est un secteur qui semble avoir favorisé l’implantation humaine depuis au moins l’âge du bronze. Les analyses en cours permettront sans aucun doute de mieux définir celles-ci, ainsi que leur place dans l’histoire de cette zone géographique.