Action

Personnes âgées, personnes en situation de handicap

INGÉNIOSITÉ ET SOLIDARITÉ

Confinement en chambre, arrêt des activités collectives, port du masque obligatoire... Ces mesures, souvent difficiles à supporter par les résidents, ont été mises en place au début du mois de mars (elles restent en partie valables) dans les structures qui accueillent personnes âgées et personnes en situation de handicap. Des mesures que les personnels des différents établissements ont eu à cœur de rendre le plus vivable possible en faisant preuve d'une grande capacité d'adaptation et de beaucoup d'ingéniosité.  C’est le constat qu’a fait Jean-Paul Mongeat, directeur de la délégation territoriale de l'Agence régionale de santé. Un constat partagé par Yannick Arzel, directeur des Genêts d’or. L’association, qui emploie 1 800 personnes dans le Finistère, est responsable du bon fonctionnement de 35 sites (accueil de jour, semi-internat, foyer d’hébergement, Esat**, Savs***, Ehpad). Parmi eux, l’Ehpad des 4 moulins à Brest a particulièrement été touché par la Covid-19, cinq patients et un tiers du personnel ayant été infectés.

Yannick Arzel a observé pendant cette période inédite un grand élan de solidarité, dès les premiers jours de la crise, avec notamment de nombreux dons de matériels manquants de la part d’entreprises locales. Autre constat au sein des équipes de l’association : le très faible taux d’absentéisme parmi les personnels. « Ils ont été très mobilisés, même plus qu’en période normale », assure le directeur des Genêts d’or qui affirme avoir été « agréablement surpris par la solidarité en interne, mais aussi entre associations. Les personnels disponibles n’ont pas hésité à prêter main-forte à d’autres structures dans le besoin ».

*Ehpad : Établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes

**Esat : Établissement et service d'aide par le travail

***Savs : service d'accompagnement à la vie sociale

TÉMOIGNAGE : Solange Creignou, Vice-présidente en charge des politiques personnes âgées et personnes handicapées , Conseil départemental du Finistère

La crise sanitaire a fragilisé les Finistériennes et Finistériens les plus vulnérables, notamment les personnes âgées et les personnes en situation de handicap, mais aussi leurs aidants. Je veux saluer la mobilisation de celles et ceux qui les accompagnent au quotidien : qu’ils soient aidants familiaux ou professionnels, chacun a pu mesurer leur implication dans ce contexte difficile. Le Conseil départemental a fourni des équipements de protection et déployé des moyens importants pour soutenir le secteur médico-social, notamment les services d’aide à domicile. Cet engagement pour les solidarités en Finistère s’inscrit dans la continuité de notre action, résolument solidaire.

Handicap

Adapter les parcours de vie

Durant le confinement, un certain nombre d’associations et d’établissements médico-sociaux ont du s’adapter pour continuer d'accompagner les personnes en situation de handicap.

Mis en place en 2017 dans le Finistère, le PCPE (Pôle de compétences et de prestations externalisées) est porté par ARAMIS, un groupement de six associations du secteur médico-social*. La mise en œuvre du projet a été confiée à la fondation Ildys. Son rôle est d’éviter les ruptures de parcours des personnes en situation de handicap. Il s’est particulièrement impliqué durant la crise sanitaire. Interview d’Hélène Enez, coordinatrice départementale.

À quelles problématiques avez-vous dû faire face pendant le confinement  ?

Dès le départ, nous avons été sollicités par des personnes sortant d’hospitalisation. Nous avions des retours à domicile, pour lesquels il fallait aider les familles.

En parallèle, s’est mise en place une coordination départementale, constituée de l’Agence régionale de santé (ARS), de la Maison départementale des personnes handicapées (MDPH) et du PCPE pour répondre aux situations qui auraient besoin d’appui en lien avec chaque association gestionnaire d'établissements et services sociaux et médico-sociaux, des établissements de santé…

Qu'est-ce qui a été proposé dans le Finistère  ?

Un numéro rouge a été mis en place pour les professionnels. Certains services médico-sociaux ou établissements pour les jeunes ont dû fermer. Les familles ont donc gardé à domicile leurs enfants, habituellement hébergés en établissement. Les adultes en internat ont dû être confinés dans leurs foyers.

Entre le 16 mars et le 20 mai, 74 situations liées à la Covid-19 ont été signalées. Nous avons notamment répondu à des familles qui demandaient du répit ou avaient besoin de trouver des solutions à domicile pour leurs proches en situation de handicap.

Pour répondre à ces demandes, cinq établissements ont été autorisés à accueillir ces personnes pendant le confinement. Notre réseau de partenaires a également permis de trouver des solutions rapides. Il fallait être réactifs, trouver une solution dans la journée ou dans la semaine au plus tard.

*Les Papillons blancs 29, Don Bosco, la fondation Ildys, Archipel santé et l’APF France Handicap, l'APAHJ 22 29 35.

Précarité alimentaire

Les associations en première ligne

« Ce qui est important, c’est qu’on ait réussi à continuer notre mission d’aide aux personnes démunies. On s’est relevé les manches et on a réussi », assure Gisèle Perrot, présidente des Restos du cœur du Finistère. L’association, qui distribue chaque année 1,5 million de repas dans le département, a fait face à la crise. Une semaine après le début du confinement, elle organisait sa distribution de paniers repas en extérieur, réduisait les équipes pour respecter les gestes de protection et éloignait les plus fragiles de ses bénévoles (80 % ont plus de 70 ans), remplacés spontanément par des bénévoles plus jeunes. Au Secours Populaire du Finistère, 150 nouveaux volontaires se sont proposés. Une belle preuve de solidarité dont les associations avaient bien besoin.

Si les Restos n’ont pas constaté de hausse globale du nombre de bénéficiaires en mars et avril, Gisèle Perrot s’inquiète pour la suite. À la Banque alimentaire du Finistère, la présidente Martine Niedzialek, qui échange avec une trentaine d’associations partenaires, relaye leur désarroi. « Certaines tirent déjà la sonnette d’alarme. » En deux mois de confinement, leur antenne de Brest a enregistré une hausse de 50 % des demandes d’aide alimentaire.

Même son de cloche au Secours Populaire, avec 20 000 personnes aidées en deux mois seulement alors qu'en 2018, sur l'année entière, l'association avait apporté son aide à 24 000 personnes.

TÉMOIGNAGE : Martine Niedzialek, Présidente de la Banque alimentaire du Finistère

Comment avez-vous fait face à la crise sanitaire et au confinement  ?

Dès la première semaine de confinement, nous avons fermé pour nous organiser. Nous avons donc tourné avec six ou sept personnes sur les sites de Quimper et Brest. Nous avons limité nos jours d’ouverture et arrêté la ramasse dans les grandes surfaces.

Nous avons 138 partenaires, associations, épiceries sociales, CDAS. Au début, nous avons eu moins d’associations à venir se fournir chez nous. Puis nous avons constaté une forte augmentation de demandes. À Brest, elles ont augmenté de 50 %. On a dû acheter du frais, des œufs, du beurre, des légumes surgelés, ce qui n’est pas dans nos habitudes.

Nous avons eu un approvisionnement du Fonds Europe donc, pour l'instant, je ne tire pas de sonnette d’alarme sur les stocks. Mais les associations nous informent qu’elles voient de plus en plus de personnes qui ne venaient pas avant, à cause du chômage partiel. On n’est pas près de sortir de cette situation.

Continuité pédagogique

un défi pour le corps enseignant

Pour assurer la continuité pédagogique, les enseignant·e·s ont dû s'adapter et innover. Rencontre avec Stéphanie Poulmarc'h, professeure documentaliste au collège Louis-Hémon de Pleyben.

Jeudi 12 mars, le président de la République annonçait la fermeture des établissements scolaires pour le lundi suivant. Comme partout en France, les 224 élèves, la trentaine de professeur·e·s, la CPE et les quatre assistants d’éducation du collège Louis-Hémon de Pleyben ont dû trouver un nouveau rythme afin de continuer d'apprendre pour les uns, et d'enseigner pour les autres. « Nous sommes un collège numérique, nous sommes donc habitués à travailler avec les outils numériques, ce qui a grandement facilité la mise en place de la continuité pédagogique », souligne Stéphanie Poulmarc'h, professeure documentaliste au sein de l'établissement. Pour elle, les premières semaines ont cependant été très denses. Elle a en effet assuré une hotline technique auprès des enfants, des parents et d'enseignant·e·s afin qu'ils appréhendent au mieux les outils collaboratifs utilisés. Mais pour certains élèves, difficile de continuer à travailler en l'absence d'ordinateurs à la maison. « Avec l'accord du Conseil départemental, nous leur avons prêté les vingt-quatre tablettes numériques que possède le collège, ce qui a permis d’améliorer l’équipement de beaucoup de familles », apprécie-t-elle.

Des appels réguliers pour maintenir le lien

Le défi suivant, maintenir le lien. En dehors des classes virtuelles et des cours transmis par Internet par les professeur·e·s, la CPE*, les assistants d'éducation, les professeur·e·s d'EPS** et la documentaliste ont appelé régulièrement les familles pour savoir comment se passait le confinement et pour motiver les troupes quand c'était nécessaire. « Cela avait l'avantage de permettre aux enseignant·e·s de se consacrer entièrement à leur charge pédagogique », précise Stéphanie Poulmarc'h qui ajoute : « Il a fallu réinventer nos pratiques en très peu de temps, ce qui n'a pas été simple. Pour ma part, je suis chargée en temps normal de développer des projets culturels. Quotidiennement, j'ai donc posté une suggestion d'activité (cuisine, visites virtuelles, défi…) pour aider les familles à garder le moral et les enfants à développer de nouveaux talents. Et le moins que l'on puisse dire, c'est que certain·e·s se sont révélé·e·s dans ces activités créatrices ! »

Finalement, avec le recul, elle trouve de nombreux points positifs à cette période si particulière, même si elle sait que la rentrée septembre ne sera pas facile : « Cela nous a rapprochés des parents avec qui, en général, nous n'avons pas autant de contacts. Et pour certains élèves, le confinement leur a permis d'être plus autonomes. »

*CPE : Conseiller principal d'éducation

**EPS : Éducation physique et sportive

Action sociale

Le service public au rendez-vous

Pendant le confinement, les professionnels des Centres départementaux d'action sociale ont assuré la continuité de l’accompagnement social de proximité.

« Du jour au lendemain la plupart des agents des CDAS* ont été mis en télétravail, tout en maintenant une présence minimum de professionnels sur chaque site. Il a fallu déployer beaucoup d'énergie pour mettre en place une nouvelle organisation, mais nous avons pu compter, d'une part sur la mobilisation des équipes de la Direction des systèmes d'information du Département pour nous équiper à domicile, et d'autre part sur l'engagement et l'adaptation des agents », apprécie Tiffany Blondel, responsable adjointe du CDAS de Landerneau.

Pendant trois mois, les équipes des CDAS ont assuré sans relâche un accueil téléphonique pour garantir la continuité des services d'action sociale auprès des publics en difficulté : « On s'est adaptés à la situation de chacun et on a mis en place des solutions quand cela était possible. On a, par exemple, eu recours assez souvent à la carte de paiement Cohesia qui a permis aux familles de compenser une baisse de ressources. Ce qu'il fallait surtout c'était maintenir le lien », précise-t-elle.

Maintenir le lien, c'était aussi la priorité de la CRIP** et des trois services évaluation des informations préoccupantes (SEIP) « enfance en danger » nouvellement créés. Cette mission était d'autant plus vitale que l'on pouvait craindre une augmentation des violences intrafamiliales liées au confinement.

« Pour les cas complexes, nous avons assuré une veille sociale et grâce à une technique d'entretiens téléphoniques que nous avons développée, nous avons pu évaluer les situations et intervenir lorsque c'était nécessaire », explique Nicole Cadiou, responsable du SEIP de la DTAS*** du Pays de Cornouaille.

« Cette période, où nous avons dû adapter nos méthodes de travail en utilisant notamment de nouveaux moyens de communication, nous a montré que l'on pouvait concilier télétravail et travail sur le terrain. Je pense que certaines pratiques perdureront », conclut-elle.

*CDAS : Centre départemental d'action sociale.

**CRIP : Cellule départementale de recueil de traitement et d'évaluation, dispositif dépendant de la Direction enfance famille du Département.qui centralise les informations préoccupantes.

***DTAS : Direction des territoires d’action sociale du Département

Solidarité pendant la crise

Le Département mobilisé

Pendant le confinement, les agents du Conseil départemental se sont mobilisés pour continuer leurs missions. Témoignages.

Marie-Annick Rannou, seconde de cuisine au collège du Porzou à Concarneau

Au centre, Marie-Annick Rannou, accompagnée de Christophe Lochet, le chef de cuisine, ainsi que de deux enfants de personnels de santé.

Pendant le confinement, Marie-Annick Rannou, seconde de cuisine au collège du Porzou à Concarneau, a préparé les repas pour deux enfants de soignants au self de son collège.

« Nous étions présents, un jour sur deux, en nous relayant avec le chef de cuisine, pour préparer et servir le repas. Les enfants étaient installés chacun à un bout de table. Au self, nous posions les plats et ils se servaient seuls. Côté menus, il nous restait encore des provisions mais plus beaucoup de frais. Heureusement nous avions congelé des aliments. En un mois, les enfants ont eu trois fois des frites. Ils étaient très contents et en cette période autant leur faire plaisir  ! En fin de journée, trois agentes d’entretien des locaux venaient à tour de rôle faire le ménage et désinfecter les locaux. »

La plate-forme «  Soyons solidaires  »

La plate-forme d’entraide « Soyons solidaires », mise en place par le Département pendant le confinement, a permis aux agent.e.s et aux citoyen.ne.s de proposer une aide ponctuelle (accompagnement scolaire, courses de premières nécessité) aux publics accompagnés par le Conseil départemental et aux assistant.e.s familial.e.s, éducateurs.trices de prévention ou référent.e.s des enfants confiés. 148 propositions d'aides ont été dénombrées et 14 demandes activées.

Emmanuelle Le Bris, assistante familiale, s’occupe d’un enfant confié de 9 ans. Pendant le confinement, elle a rencontré des difficultés pour assurer l’école à la maison. Elle a donc sollicité la plateforme « Soyons solidaires » le 9 avril. « Dès le lendemain nous avions un contact téléphonique. Avec l’accord de la référente, les devoirs se sont faits via Skype. David, l'intervenant, a bien cerné son élève. Pour ma part, gérer le quotidien de l’enfant, la vie de la famille et l’aide aux devoirs devenait trop compliqué. Ça a permis de cloisonner, et de faire entrer un autre acteur dans la vie de l’enfant. Que du positif. »