Actrices & acteurs

Finistèrien.ne.s Carine Baranger

« la SNSM : une histoire de transmission »

« J’avais envie de servir le milieu de la mer », explique Carine Baranger, bénévole à la station SNSM Société nationale de sauvetage en mer de Loctudy.

Cette consultante en gestion de projets informatiques, issue d’une famille de marins-pêcheurs, considère « qu’il est important de perpétuer la sauvegarde des gens de mer, plaisanciers comme professionnels ». Pour elle, « la SNSM, c’est aussi une histoire de transmission entre les jeunes et les plus aguerris. La réussite des interventions reposant souvent sur la connaissance d’une zone, d’un milieu, d’un contexte ». La SNSM propose de nombreuses formations à ses nouveaux adhérents : la navigation de jour comme de nuit, le remorquage, le matelotage, le balisage, les premiers secours… Les femmes représentent 12 % des bénévoles de la SNSM. Le Finistère est le département français qui compte le plus de stations de sauvetage : 28 stations et 2 centres de formation et d’intervention. Au niveau national, la SNSM s'appuie sur 8 000 bénévoles. En 2018, les sauveteurs en mer ont porté secours à 30 000 personnes, dont plus de 10 000 en mer.

L’engagement des jeunes à l’international

En service civique à Madagascar

Le Conseil départemental promeut l’engagement des jeunes à l’étranger et accompagne plus particulièrement les jeunes entre 18 et 25 ans, éloignés de la mobilité internationale.

Par le biais d’un service civique et dans le cadre d’un programme de coopération décentralisée avec la Région de Diana à Madagascar, 3 jeunes Finistérien.ne.s sont parti.e.s en mars dernier effectuer une mission de 6 mois en terre malgache. Parmi eux, Lévénez Lahé, originaire d’Edern. Entretien.

En quoi consiste votre mission dans cette région à Madagascar  ?

Ma mission se déroule à l’Alliance française d’Antsiranana dont les actions principales concernent le rayonnement de la langue française, et le soutien à la diversité culturelle. Sensible aux problématiques socio-économiques du pays, l’Alliance a souhaité s’investir dans une politique hors les murs. De cette initiative est née une annexe mobile : le Culturbus, qui, de par sa mobilité, touche une partie de la population n’ayant pas les moyens d’accéder aux services de l’Alliance. J’ai intégré le projet du Culturbus et son équipe en mars 2019. Ma mission consiste à participer à la coordination, la structuration du fonctionnement et des actions socioculturelles quotidiennement menées. Avec l’équipe, nous avons programmé une « tournée » du Culturbus dans les villages, les quartiers, l’université, les écoles, les institutions, les associations. Aujourd’hui, le fameux bus jaune s’invite dans la dynamique quotidienne locale et propose des animations et actions à buts pédagogiques, éducatifs et culturels : ateliers lecture et jeux, cours de français, cinéma en plein air, théâtre, concerts, actions de sensibilisation.

Quels sont les besoins en termes d’offre culturelle  ?

L’Alliance française cherche à agir en faveur de la diversité culturelle et dans le dialogue entre les cultures et d’échanges interculturels. Elle insuffle une politique culturelle adaptée à des besoins spécifiques à travers le fruit d’une analyse du tissu local et des perspectives d’évolution. On estime à 120 000 le nombre d’habitants à Antsiranana, dont 80 % habitent dans les quartiers périphériques de la ville. Les quartiers les plus éloignés du centre se trouvent parfois à plus d’une heure de route. Dans le contexte économique actuel, où le salaire minimum est de 200 000 Ar/mois (50 euros), le coût disproportionné des transports isole les habitants dans leur quartier. Le Culturbus participe à la rupture de cet isolement par ses interventions diversifiées. Réveiller, transmettre, recevoir puis mélanger les émotions, les arts et les savoirs.

L’origine de cette motivation pour cet engagement citoyen  ?

J’ai été séduite par les démarches culturelles de l’Alliance française dans son ensemble et surtout dans le cadre du projet du Culturbus. Ses missions faisaient totalement écho à mon parcours de travailleuse sociale. L’opportunité de conjuguer l’aspect social avec le monde culturel était pour moi source d’apprentissage et d’évolution. Madagascar, sa culture, sa population m’ont bouleversée. La confrontation avec l’altérité est parfois complexe mais tellement enrichissante. Cette multitude de sentiments et d'émotions vécus à travers la découverte, la rencontre et le partage a insufflé une évolution dans ma réflexion sur le monde, sur l’autre et sur moi-même.

Réveiller, transmettre, recevoir puis mélanger les émotions, les arts et les savoirs.

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80  %

des habitants à Antsiranana habitent dans les quartiers périphériques

Le grand portrait Gilles Bœuf, écologue

« Arrêter de détruire, c’est fondamental »

Après la présidence du Museum d’histoire naturelle de Paris, l’occupation de la chaire « Développement durable, environnement, énergie et société » au collège de France et la place de conseiller scientifique auprès de Ségolène Royal au ministère de l'Environnement, de l'Énergie et de la Mer, l’écologue Gilles Bœuf est aujourd’hui président du conseil scientifique de l’Agence française pour la biodiversité. Un beau parcours, pour celui qui fut finistérien pendant plus de 30 ans. Rencontre.

Site de l'Aber, dans la commune de Crozon.

Quel lien avez-vous avec le Finistère ?

J’ai été élevé à la pointe du Finistère. Mes parents sont venus à Douarnenez, quand j’avais 4 ans. J’y suis resté de l’école primaire au lycée. Ensuite je suis allé à l’université à Brest. J’ai fait ma thèse de troisième cycle au Laboratoire d’Arcachon à l’Université de Bordeaux, puis j’ai été recruté par le Cnexo, qui est devenu l’Ifremer, en 1985. J’y ai travaillé 20 ans sur les migrations des saumons. J’ai défendu ma thèse de doctorat d’Etat à l’UBO à Brest. Et puis en 1999, j’ai décidé de quitter la Bretagne pour devenir professeur à l’Université Pierre & Marie Curie et prendre la direction du Laboratoire Arago à Banyuls-sur-mer.  J’étais arrivé au bout de ce que je pouvais faire à l’Ifremer. 

Vous qui êtes le spécialiste de la biodiversité en France, pouvez-vous nous en donner une définition ?

Il y en a une plus compliquée et une très simple. La plus compliquée, c’est : l’ensemble de toutes les relations, que tous les êtres vivants, y compris les bactéries, ont établi entre eux et avec leur environnement. Pour avoir un résumé ultra simple, c’est la partie vivante de la nature. Dans le vivant, on a les bactéries, une seule cellule sans noyau - et nous êtres humains, sommes constitués d’au moins d’autant de bactéries que de cellules humaines -, les protistes, que l’on connaît bien en Bretagne, ce sont des grosses cellules à noyau, que sont par exemple les micro-algues marines ou les levures. Les trois autres sont les champignons, les plantes et les animaux. Tout ça c’est la biodiversité. Et dans les animaux, il y a l’humain.

Pourquoi faut-il aujourd’hui préserver la biodiversité ?

Pour une raison ultra simple : parce tous les humains, nous ne mangeons que de la biodiversité et au sein de notre organisation, nous ne coopérons qu’avec le vivant, avec la biodiversité. 

Quels sont les enjeux en termes de biodiversité dans le Finistère ?

Ils sont très clairs. Le Finistère est un département qui est plutôt pauvre en espèces sauvages. Parce qu’on a subi les influences des grands glaciers, entre 30 et  19 000 ans. C’est pour ça qu’on beaucoup moins d’espèces que dans le sud de la France. Mais elles se réinstallent, elles reviennent. Aujourd’hui le problème de la Bretagne c’est son développement agronomique récent qui s’est développé sans aucune base agro-écologique.

Comment peut-on aujourd’hui préserver cette biodiversité ?

Arrêter de détruire, ça c’est fondamental, le littoral, les derniers morceaux de forêt. Arrêter de polluer. On a été parmi les plus gros usagers en Europe, en matière de pesticides et d’insecticides. Quel coût environnemental, c’est bien malheureux. Et tout ça arrive dans la mer. Ensuite, bien sûr, c’est une volonté humaine et politique, c’est tout. Cela peut changer. Moi j’y crois très fort. A mon avis, on y va.

Le Finistérien peut aussi agir aujourd’hui avec ses déchets et essayer d’en produire beaucoup moins qu’aujourd’hui. Qu’il contrôle le plastique. En Bretagne, vous avez un vrai effort à faire pour qu’aucun morceau de plastique n’arrive à l’océan. Tant qu’on rejettera du plastique dans la mer, le système ira mal. Ensuite il faut utiliser beaucoup moins de pesticides, d’herbicides, d’engrais. Une femme enceinte et les enfants ne devraient manger que bio. Mieux aider ce secteur est fondamental, là, il y a un effort à faire.