Mémoire

ARCHÉOLOGIE

Les « vies » du Château de Kerjean révélées

Un diagnostic archéologique réalisé entre le château et son mur d’enceinte a permis aux archéologues de mieux connaître l’histoire du site.

Qualifié par Louis XIII d’« une des plus belles maisons du royaume », le château de Kerjean est comparable aux grands châteaux bâtis durant la seconde moitié du XVIe siècle dans le royaume de France, tout en conservant des traits caractéristiques de la tradition architecturale bretonne.

Si les sources nous apportent les principales informations concernant l’histoire générale du domaine, la succession de ses possesseurs, l’archéologie renseigne pour sa part sur la vie quotidienne et l’organisation du site.

La famille Barbier acquiert le manoir de Kerjean et ses terres, appartenant précédemment aux Oliver, aux alentours de 1500. Ce n’est qu’en 1536 que Jean Barbier, peu de temps avant sa mort, obtient de François Ier l’autorisation de reconstruire son manoir. L’édifice actuel serait dû à Louis Barbier, son fils, qui aurait fait construire cet imposant château à l’emplacement même du manoir médiéval. Il a pour cela pu bénéficier de l’immense fortune que lui a léguée son oncle Hamon Barbier, chanoine du chapitre de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon.

Un château de plaisance au milieu d’une enceinte défensive

Devenu propriété des Coatanscour (fin XVIIe) puis des Coatgourden (1860), le château a été cédé à l’État en 1911 et sa gestion assurée par le Département du Finistère depuis 1986 avant d’être intégré dans l’établissement public de coopération culturelle Chemins du patrimoine en Finistère depuis 2006.

Différents éléments stylistiques poussent à dater cette construction des années 1570, son architecture se rapprochant des réalisations du grand architecte Philibert Delorme. Il présente le parti pris architectural, très rare en France, d’un château de plaisance situé au milieu d’une enceinte défensive, casematée et bastionnée, adaptée à l’artillerie.

Dans le cadre de travaux de mise en conformité pour l’assainissement et l’accueil de public à mobilité réduite, un diagnostic archéologique a été prescrit sur les parcelles comprises entre le château de Kerjean et son mur d’enceinte. Le diagnostic diffère de la fouille par la nature des investigations. Il sert à évaluer le potentiel archéologique d’un terrain sur environ 10 % de son emprise. Cette intervention est une opportunité unique de préciser la présence ou non de vestiges, leur nature, leur étendue et leur état de conservation. En somme, d’aborder l’histoire détaillée du site.

Une occupation des lieux depuis l’époque médiévale

Cette opération a mis en évidence une occupation continue des lieux depuis l’époque médiévale jusqu’à nos jours. Des traces du manoir antérieur au château actuel ont été décelées en plusieurs points. Les vestiges du premier édifice ont ainsi été englobés par le château des Barbier lors de sa reconstruction.

Un second bâtiment, bâti potentiellement dès l’époque médiévale, a été mis au jour devant le pavillon sud-ouest. Si les indices manquent pour dater sa fondation avec certitude, plusieurs éléments indiquent qu’il fonctionne encore au moins jusqu’au XVIIe siècle. Une activité de forge s’y serait développée faisant de ce bâtiment plutôt une annexe de l’édifice principal.

Il fait donc le lien avec la période moderne, période d’installation du château construit par la famille Barbier. À cette époque, l’espace entre le château et le rempart est divisé, comme en attestent les murs de clôture découverts à l’ouest et au sud.

Sur le front nord, l’épaisseur et l’organisation interne du rempart, aujourd’hui fortement arasé, ont pu être en partie restituées. Ce rempart tranche, par son organisation interne, avec les trois autres fronts. Ainsi, il est possible qu’il ait joué plutôt un rôle d’entrepôt ou de casernement, en plus de son rôle défensif.

La destruction et l’abaissement du rempart nord interviennent à l’époque contemporaine lorsque le besoin de défense devient secondaire et que l’intérêt se porte plutôt sur une vue de l’esplanade nord et le développement de jardins. Cette période voit l’installation contre le rempart ouest d’un bâtiment, plus tard détruit au profit d’un corps de ferme entre la muraille et l’aile ouest au début du siècle suivant. Cet aménagement aujourd’hui disparu est encore visible sur d’anciennes photographies.