Mémoire

Protection du patrimoine archéologique

projet ALERT : focus sur le Finistère

Les changements climatiques et certains de leurs effets, conjugués à la pression humaine sur les espaces côtiers, menacent de détruire une partie des sites archéologiques du littoral. Initié en 2006, le projet ALeRT (Archéologie, Littoral et Réchauffement terrestre1) réalise un état sanitaire du patrimoine archéologique du littoral Manche-Atlantique, et recherche des solutions en matière de gestion des sites menacés, adaptées aux divers contextes.

Palissade en bois datant de l’âge du fer, en cours de fouille en 2018, sur la plage de Plougasnou/ Saint-Jean-du-Doigt. © M.-Y. Daire

ALeRT est un projet porté par un groupe de chercheurs investi de longue date dans les recherches archéologiques en milieu côtier et insulaire dans l’ouest de la France. Fondé sur une approche interdisciplinaire (archéologie, études environnementales, géographie, géomorphologie…), il s’appuie sur une démarche participative. Tous les types de patrimoine culturel du littoral sont concernés par les effets des changements côtiers : monuments, anciens habitats, sépultures, sites artisanaux… Du Paléolithique inférieur (par exemple l’occupation du site de Menez Dregan à Plouhinec, 465 000 ± 65 000 ans av. J.-C.) à la période contemporaine.

Si l’érosion côtière permet très souvent la découverte de ces vestiges anciens, une course contre la montre s’engage ensuite pour recueillir les informations avant leur disparition complète. Tous les types de sites ne sont pas égaux dans leur vulnérabilité. Un amas coquillier préhistorique offrira généralement une résistance moindre qu’un blockhaus de la Seconde Guerre mondiale…

Un patrimoine culturel vulnérable

Certains de ces sites peuvent être fortement dégradés, voire disparaître, en quelques mois… ou quelques heures, notamment lors d’épisodes climatiques extrêmes (tempêtes, submersions). De tels cas exigent une grande rapidité d’intervention des archéologues pour sauver les informations scientifiques et patrimoniales, qui peuvent être inédites ou avoir bénéficié d’une conservation exceptionnelle.

Au-delà des épisodes brutaux, la dégradation de certaines portions du littoral se combine à une submersion plus ou moins lente, mais progressive, de l’ordre de plusieurs millénaires. Ainsi, certains monuments mégalithiques néolithiques aujourd’hui sur estran (photo ci-dessous) sont les ultimes témoins d’installations beaucoup plus vastes à l’origine.

Des moyens d’intervention complémentaires

La démarche de « sauvetage » engagée repose sur une méthodologie élaborée en tenant compte des différentes situations et d’un panel de moyens d’intervention. Celle-ci met en œuvre des prospections systématiques, notamment après les tempêtes, des suivis réguliers de certains sites, voire des opérations de sondages ou encore de fouilles archéologiques sur les sites les plus prometteurs et/ou les plus menacés à court terme.

Cette observation de terrain fait l’objet d’une démarche participative, invitant le public, les bénévoles et membres d’associations, à signaler toute découverte de vestiges archéologiques, et cela au moyen d’une application développée pour divers supports (smartphones, tablettes…). Au fil des années, un réseau de plusieurs dizaines d’informateur.trice.s s’est constitué, intégrant de nombreux·ses gardes du littoral, grâce à un partenariat original établi avec le Conservatoire du littoral. L’expertise réalisée ensuite sur site par des spécialistes déterminera la nature de l’action à engager, en lien avec les services compétents du ministère de la Culture(2). 

Conçu dans l’objectif de limiter la perte de données littorales, patrimoniales et scientifiques, le projet ALeRT est fondé sur le principe de la « protection par l’étude » et permet aujourd’hui le suivi de plusieurs centaines de sites archéologiques à l’échelle de la région Bretagne.

(1) Projet soutenu par la Région Bretagne (2015-2017), la Fondation de France (2016-2018), le Conseil départemental du Finistère (2017, 2018), le ministère de la Culture (2017, 2018). (2) Services régionaux de l’archéologie (SRA) et département des recherches subaquatiques et sous-marines (DRASSM). (3) L’opération ALeRT à Plougasnou est soutenue par la région Bretagne dans le cadre de l’appel à projets « Neptune » ainsi que par le ministère de la Culture (DRASSM).

ALeRT à Plougasnou

La découverte du site archéologique de la plage de Plougasnou-Saint-Jean-du-Doigt est due à l’observation attentive et régulière d’un prospecteur bénévole habitant Plougasnou (F. Le Gall) qui signala dès les années 2000 l’apparition d’un niveau tourbeux contenant divers mobiliers archéologiques. Le suivi constant de ce site s’est accompagné d’études et de sondages archéologiques(3) destinés à comprendre l’évolution du paysage et les modalités d’occupation humaine. 

+ D’INFOS SUR

alert-archeo.org