Mémoire

littoral

Amoco-Cadiz, 40 ans déjà

Le 16 mars 1978 à 22 heures, le pétrolier Amoco-Cadiz, affrété par la compagnie américaine Amoco Transport, filiale de la Standard Oil of Indiana Company, vient s’échouer sur les brisants au large de Portsall, libérant 223 000 tonnes de pétrole brut. C’est la plus grande marée noire par échouement de pétrolier jamais enregistrée dans le monde.

Dans le Finistère et toute la région, c’est la consternation. « Quel gâchis !, titre Ouest-France dans son édition du 18 mars 1978. Le lieu de la catastrophe, l’état de la mer, la présence de courants puissants et multiples, les difficultés d’accès à l’épave, l’existence de zones de pêche et de cultures marines florissantes, la vocation touristique d’un des secteurs les plus sauvages de la région : tout va concourir à ce que cet accident provoque la plus grave pollution par hydrocarbures ayant touché les côtes françaises. »

Au cours du premier mois suivant le naufrage, la pollution par hydrocarbures s’étend d’ouest en est sur 350 km de côtes et sur une très large zone de la Manche occidentale. La faune du littoral subit une mortalité massive et foudroyante. Le Centre de documentation de recherche et d’expérimentations sur les pollutions accidentelles des eaux estime que la marée noire a tué dans les premiers mois, par engluement ou par effet toxique, autour de 260 000 tonnes d’animaux marins.

« La peste noire. Elle est là. À moins de trois mètres. Mais ce qui surprend le plus c’est l’odeur : elle prend à la gorge, donne la nausée, enveloppe, pénètre, écrit l’envoyé spécial de France soir dans son édition du 22 mars. Empêtré dans une gangue de mazout, comme un animal pris au piège, Portsall, stupéfait, mesure l’ampleur du désastre et contemple sa propre agonie. Chagrin, colère et interrogation. Pourquoi  ? » Les navires et les sociétés installées au Libéria, à Chypre ou au Panama, sont mis au banc des accusés. Une grande partie de l’opinion publique s’insurge alors contre les pavillons de complaisance, taxés de scandales économiques, honte sociale…

Le monde de la pêche aussi est en colère, la psychose du « produit pollué en Bretagne » avance à grand pas. Tous les professionnels de la mer sont inquiets : le poisson frais de Bretagne, la gastronomie qui reposait sur les traditionnels fruits de mer, tout cela est également submergé par la marée noire.

Concernant la lutte contre la pollution, dès le 16 mars, le plan Polmar (pollution maritime) est déclenché par les autorités. Mais toute la population se sent concernée. Immédiatement, les agriculteurs s’organisent, utilisant leurs tonnes à lisier pour évacuer le pétrole brut. Des centaines de volontaires mobilisés par les associations écologistes mènent un combat au quotidien contre les nappes d’hydrocarbures qui s’échouent inlassablement sur les côtes.

Comme le décrit Le Télégramme du 29 mars, les moyens mis en œuvre depuis le début des opérations sont impressionnants : « Un PC opérationnel de commandement est installé à Ploudalmézeau, puis un PC de régiment avec quatre états-majors tactiques pour coordonner l’action des troupes. Sans oublier quatre PC avancés sur les sites pollués. » Outre les civils et les bénévoles engagés, les personnels de l’Équipement, des phares et balises, s’activent sur le terrain, aidés par des sapeurs-pompiers et quelque 1 400 militaires dépêchés sur place ; fin mars, plus de 1 850 personnes sont ainsi engagées sur le terrain.

Parallèlement, l’État et les communes sinistrées, réunies au sein d’un syndicat mixte créé dans le but d’engager une procédure, se lancent, aux États-Unis, dans un long et difficile procès contre la société Amoco. Au terme de 14 années de procédure, en 1992, Amoco versera 235 millions de francs (36 millions d’euros) au syndicat mixte, tandis que l’État obtiendra 1,045 milliard de francs (159,2 millions d’euros).

Au début des années 2000, le syndicat mixte est devenu Vigipol (vigilance pollution) : un établissement public qui a développé des compétences en matière de prévention des risques et de préparation des collectivités à la gestion des pollutions maritimes. Son expertise est désormais reconnue par l’État et les autres acteurs.

La plus grave pollution par hydrocarbures ayant touché les côtes françaises.

 

350

kilomètres de côtes souillées par les hydrocarbures

260 000

tonnes d'animaux marins tués au cours des premiers mois

Pour consulter le fonds des affaires maritimes concernant le naufrage de l’Amoco-Cadiz :

Archives départementales - côte 1672 w