Mémoire

Archéologie

La Roche-Maurice : le château sort de l’oubli

Le Conseil départemental du Finistère y poursuit chaque année des fouilles archéologiques, avec un financement complémentaire du ministère de la Culture (DRAC Bretagne).

À quelques kilomètres de Landerneau, le château de Roc’h Morvan domine la vallée de l’Élorn, ancienne frontière entre la vicomté de Cornouaille et celle de Léon. Son nom traduit à la fois sa position topographique sur un piton rocheux (un Roc’h), et le nom de son bâtisseur au XIe siècle, un vicomte de Cornouaille du nom de Morvan.

Les ruines de la forteresse féodale évoquent son histoire agitée

Les vicomtes de Léon s’en emparent en 1163. Le château passe moins de vingt ans plus tard dans la branche cadette des seigneurs de Léon, puis dans celle des vicomtes de Rohan au XIVe siècle. Au cours de ses huit siècles d’occupation, il aura connu six cycles de constructions et destructions, jusqu’à son abandon final et son utilisation comme carrière de pierres au XIXe siècle et au début du XXe siècle. Aujourd’hui, ce sont les fouilles archéologiques et la mise en valeur patrimoniale qui font renaître ce phénix de pierres.

Un château complexe et atypique

Il a été conçu comme un château à enceintes multiples. On en dénombre trois principales, ramassées dans un même ensemble. L’enceinte haute, sur le sommet du piton rocheux, abrite le donjon. C’est la mieux défendue : elle constitue un réduit défensif contenant aussi un logis seigneurial et une porterie, qui verrouille les accès vers les autres enceintes. À l’est, l’enceinte basse contrôle la circulation sur une voie ancienne, et ce qui deviendra plus tard le bourg de La Roche-Maurice. Enfin, du côté ouest, sur une pente moins abrupte, s’est développée la basse-cour abritant les dépendances, elle aussi entourée de remparts. Ces différentes enceintes se développent sur près d’un demi-hectare, sans compter l’emprise de larges fossés et d’une fortification extérieure. Située de l’autre côté du fossé sud, celle-ci servait à protéger l’accès au château. Cet ouvrage défensif, attesté par la fouille, est recouvert par une partie du bourg actuel, et ses dimensions sont encore inconnues.

L’apport de l’archéologie

Fouille de la partie nord des bâtiments

Peu de châteaux médiévaux ont fait l’objet d’études archéologiques en Basse-Bretagne. Cette propriété départementale est de ce point de vue une exception et un site de référence.

L’étude y est en outre menée de façon exhaustive : l’enceinte haute a déjà été fouillée pendant sept ans par Jocelyn Martineau, de l’Institut de recherches en archéologie préventive.

Les fouilles sur l’enceinte basse sont menées depuis 2013 par Ronan Pérennec, archéologue départemental - Mission archéologie, service de la Conservation du patrimoine et des musées.

Les recherches ont fait émerger progressivement le château des remblais qui le recouvraient.

Elles ont de ce fait permis une meilleure compréhension de son organisation spatiale, mais aussi de ses évolutions au fil du temps, et des modifications qui y ont été apportées. Les éléments de défense ont ainsi notablement évolué, au fur et à mesure des progrès de l’artillerie, dont le château se dote aussi. Les recherches permettent ainsi de suivre l’impact de cette transition vers des armes de plus en plus modernes et destructrices, qui modifient à la fois les dispositifs de défense et les possibilités d’attaque des assaillants. La fouille des bâtiments intérieurs dévoile les techniques de construction et permet de retracer la vie quotidienne des habitants du château (notamment au travers des ossements animaux, de fragments de céramiques et d’objets mis au jour).

Suivi architectural, mise en valeur et visite du site

La Mission patrimoine architectural (Anne Badiche-Desille) accompagne les recherches. Actrice majeure dans les projets de valorisation - celui de l’enceinte basse est en cours -,

elle solutionne aussi une grande partie des problèmes techniques rencontrés et engage des consolidations de murs qui permettent d’éviter leur dégradation, tout en assurant la sécurité des fouilleurs.

L’accès à l’enceinte haute, déjà valorisée, est gratuit. Un circuit avec panneaux explicatifs permet une visite libre. L’enceinte basse ne peut encore être visitée pour raisons de sécurité, mais le chemin d’accès au donjon en permet une vue d’ensemble. Par ailleurs, une maison de patrimoine, à l’entrée du site, apporte des renseignements complémentaires sur le château, grâce à la collaboration d’un historien (Patrick Kernévez, de l’Université de Bretagne Occidentale), et des archéologues du site. Accès libre, s’adresser à la mairie pour les horaires d’ouverture.

Mémoire dans les autres numéros

À l’occasion des journées de l’archéologie les 16 et 17 juin 2018, l’archéologue présentera les résultats de ses recherches en cours.